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La zone de libre-échange africaine : Une aubaine pour l'Algérie ?

Avantage. Dans une perspective de renforcement des relations commerciales entre les pays africains, l’idée de la création d’une zone de libre-échange a germé. Et a abouti à la signature de son acte de création par 44 pays africains, le 21 mars dernier à Kigali (Rwanda).

L’objectif d’une telle initiative et d’une telle adhésion des Etats membres est la promotion des échanges interrégionaux ainsi que l’accélération de l’intégration du marché africain. Pour une meilleure compréhension de la chose, il y a lieu de définir ce concept et le rapporter, ensuite, dans le contexte algérien afin de déterminer le degré d’opportunité d’une éventuelle adhésion, au vu de la conjoncture actuelle, relativement difficile, que traverse le pays. Entre les pays membres qui constituent une zone de libre-échange, tous les droits de douanes et restrictions quantitatives à l’importation sont totalement éliminés, via la signature d’accords de libre-échange. Toutefois, chacun de ces pays peut conserver sa propre politique commerciale à l’attention des pays tiers.

La zone de libre-échange constitue le premier échelon des cinq degrés d'intégration suivants :
- Zone de libre-échange
- Union douanière
- Marché commun
- Union économique
- Intégration économique.

Il faut savoir que la conception de la zone de libre-échange n’est pas du tout fondée sur le critère de la position géographique, bien qu’il n’existe que quelques exemples qui ont concrétisé cette conception, la majeure partie des zones de libre-échange étant naturellement constituées sous des considérations géographiques, rapprochement régional ou ethnique ; il est surtout question d’alliances stratégiques de niveau d’un pays. Ce sont aujourd'hui près de 150 zones de libre-échange, dont plus de la moitié ont été créées depuis 1990.

En ce qui concerne la Zone de libre-échange du continent africain (Zleca), elle comprend officiellement le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Comesa), la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) et la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), avec la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Union du Maghreb arabe et la Communauté des Etats sahélo-sahariens.

L’Algérie étant membre à part entière de l’Union africaine, elle est directement concernée par la signature de cet accord, elle est plus que jamais exhortée à y adhérer. Les experts estiment que l’adhésion de l’Algérie à la Zleca revêt un caractère plus politique qu’économique. Pour eux, cette adhésion ne constitue pas du tout une urgence et qu’il est plus favorable de commencer par la priorisation du développement des alliances régionales. Prudence et progressivité obligent.

D’ailleurs, la décision de l’Algérie a été de ne pas signer pour le moment cet accord, décision prise par le gouvernement et approuvée par l’Association nationale des exportations algériennes (Anexal). Cette réserve a été affichée par nos autorités à la suite de l’échec qu’a enregistrée l’adhésion avec la Zone de libre-échange avec l’Union européenne et la GZALE (Grande zone arabe de libre-échange), dont l’Algérie n’a pas tiré profit, alors qu’elle a ouvert son marché aux produits issus des pays européens et arabes. D’ailleurs, l’Anexal, à travers son président, suggère que la création d’une Zone de libre-échange en Afrique est en soi une bonne chose, mais que, pour l’Algérie, à l’heure actuelle, toute ouverture nous est préjudiciable. Cela peut s’expliquer par le fait que l’exportation algérienne, hors les hydrocarbures bien entendu, est d’un niveau très faible, comparativement à d’autres pays du continent qui se sont imposés avec leurs produits, leurs financements et leurs logistiques, tels que le Maroc, pour ne citer que cet exemple. Les pouvoirs publics sont en charge d’établir une stratégie basée sur une vision claire à long terme, en termes d’ouverture sur les autres marchés régionaux, selon le président de l’Anexal.

Le cas l’est notamment pour l’Afrique, où il est constaté l’émergence de géants économiques qui commencent à se constituer en groupes stratégiques organisés qui dominent les plus importants marchés africains. Ainsi, l’adhésion à une Zone de libre-échange africaine est opportune, mais sa concrétisation est à réfléchir stratégiquement pour l’Algérie. Il faut toujours garder à l’idée que nous sommes un pays quasi-dépendant de l’exportation de l’énergie, soit un pays mono-exportateur. Et en raison du nombre insuffisant d’entreprises fortes, compétitives et capables d’exporter, le risque de réitérer l’expérience de l’échec lié à l’adhésion à la Zale est plus que probable. D’ailleurs, les experts du cabinet international Ernst Young, eux aussi, n’ont pas manqué de mettre en garde les autorités algériennes sur l’importance des mécanismes commerciaux et financiers nécessaires à mettre en place, avant toute volonté d’adhésion, ainsi que celle de l’ouverture de lignes aériennes vers les principales capitales africaines.

Suivant les analyses d’experts en la matière, en ce moment, les entreprises algériennes ne sont pas assez outillées ni protégées, si le marché venait à être ouvert, car incapables de faire face à la concurrence. Pour eux, ce sont les infrastructures et les moyens qui manquent à l'appel pour disposer d'une base logistique assez solide pour supporter les besoins d'investissement au niveau du marché africain ; ceci ajouté à l'absence d'une qualité de production qui soit conforme aux standards internationaux.

Suivant les affirmations du président de l'Anexal, l'Algérie est tout à fait en mesure de décupler son niveau de production et son exportation, si toutefois toutes les mesures d'accompagnement et de support sont fournies par les pouvoirs publics. Il y a lieu de parler à ce niveau de tout l’arsenal réglementaire à propos de l’accompagnement financier, qui est quasiment absent. Il est à noter à ce titre qu’aucune banque publique de premier ordre n’est recensée en dehors du territoire national, y compris la BEA dont la première vocation est justement d’accompagner les entreprises exportatrices. Il faut dire que la réglementation bancaire est assez rigide en termes de modalités de transfert d’argent à l’étranger, et ce, depuis l’avènement de la loi sur la monnaie et le crédit, ce sont les entreprises exportatrices désirant s’établir à l’étranger, en Afrique notamment, qui en souffriront si les autorités ne consentent pas un allègement des procédures. Par ailleurs, et suivant le même expert, l’Algérie n’avait signé aucune convention dans le cadre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), regroupant le Sénégal, le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, le Bénin et la Gambie, alors que la coopération avec cette communauté facilitera l’entrée des produits algériens dans ces pays. S’il y a un message à bien saisir ici, c’est que même si l’Algérie a pris la décision de ne pas signer d’accord, en contrepartie, rien n’est prévu en préparation à un tel évènement, que ce soit en termes d’organisation de la production nationale pour la prépare à l’exportation, ou bien en termes de développement progressif des accords d’association pour préparer l’adhésion à la Zleca.

Dans ce sillage, les experts suggèrent que l’Algérie se penche sur les marchés de proximité subsahariens avant de penser à tout le continent. «L’Algérie partage 2.400 km de frontières avec certains pays membres de la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Ces pays représentent une zone éminemment stratégique pour nous», affirme Ali-Bey Naceri, président de l’Anexal, à la presse. Pour lui, un éventuel accord avec la Cédéao permet d’avoir deux avantages principaux. «D’une part, parce qu’ils (les pays de la Cédéao, ndlr) sont proches et nous sont plus ou moins familiers ; d’autre part, parce qu’ils sont accessibles par voie terrestre et font partie d’une zone qui est établie depuis longtemps et dont les mécanismes de fonctionnement sont huilés» et «le Niger et le Mali sont des pays leviers pour l’Algérie», a-t-il affirmé. Ainsi, pour lui, la Zone de libre-échange africaine (Zleca) est un objectif à long terme qui n’est pas à envisager pour le moment, car, dans la conjoncture actuelle, l’Algérie n’aura aucun avantage. Bien au contraire.

La situation actuelle de l’économie algérienne étant caractérisée par la quasi-dépendance de la manne pétrolière, dont la baisse des prix a mis à nu l’état réel de l’économie productive, qui n’arrive pas encore à prendre son envol, est à réorganiser en priorité afin que toutes les mesures puissent être prises pour accompagner un produit algérien de qualité et dont l’exportation et les possibilités de vente sont à la mesure des projets d’accords d’association.

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