Imprimer cette page

Nafa Abrous, Président de Maghreb Leasing Algérie : «MLA contribue à l'émergence d'un marché financier et boursier dans notre pays»

L’ACTUEL : Tout d’abord, pouvez-vous nous donner un aperçu sur le leasing et sa situation en Algérie ?

Nafa Abrous : Le leasing en Algérie est une formule de financement très intéressante, néanmoins, à l’heure actuelle, celui-ci accuse un taux de pénétration d’environ 1% des financements globaux à l’économie nationale. Ce qu’il y a lieu de retenir est le fait qu’il va évoluer avec des perspectives de développement assez importantes. C’est assurément le mode de financement essentiel dans les années à venir, mis à part son mode de souplesse et de flexibilité. Il s’agit là d’un marché sous bancarisé, mais très prometteur.

Le leasing en Algérie a rapidement attiré l’attention des banques, mais surtout a permis la création de sociétés spécialisées. Ce qu’il faut savoir en premier lieu, c’est que la place bancaire compte aujourd’hui pas moins de 13 intervenants dans le domaine du leasing, avec 6 entreprises spécialisées et 7 départements bancaires. Paradoxalement au nombre d’acteurs sur la place et au potentiel, le marché du leasing en Algérie demeure le parent pauvre de la finance en général. Depuis son lancement en 2007 sur le marché, celui-ci a progressé jusqu’à la fin de l’année 2015. Par contre, en 2016, il a marqué un fléchissement, voire une régression justifiée par la conjoncture économique du pays, dénotant une baisse des commandes d’acquisition d’équipements par les entreprises qu’elles soient publiques ou privées.

Pourriez-vous nous faire une présentation succincte de votre organisme ?

Maghreb Leasing Algérie est un établissement financier spécialisé dans le crédit-bail (leasing) qui a été créé en 2006 sous la forme juridique de société par actions au capital social de 3 milliards 500 millions de dinars. Le projet MLA est né suite à l’initiative de Tunisie Leasing Groupe (TLG), forte de plus de 33 ans d’expérience dans le domaine, et avec le concours de son actionnaire de référence, Amen Group. Tunisie Leasing est l’une des références dans le domaine du leasing. Amen Bank, dont l’origine remonte à 1906, est née de la succursale du Crédit foncier d’Algérie et de Tunisie et possède un réseau de plus de 130 agences. Elle est considérée comme la banque la plus performante en Tunisie. Parmi nos actionnaires figurent Netherlands Development Finance Company, agence de développement créée en 1970 conjointement entre l’Etat et des groupes privés néerlandais ; SFI (Société financière internationale), bras financier de la Banque mondiale, son objectif est de financer le développement de la PME/PMI ; Proparco, filiale de l’Agence française de développement, dont le rôle consiste à stimuler les investissements privés dans sa zone d’intervention ; CFAO, distributeur de marques, leader de la distribution & des services en Afrique et outre-mer. MLA, c’est plus de 130 collaborateurs assurant une synergie entre jeunesse, expérience, professionnalisme et engagement, composé exclusivement à 100% de cadres algériens.

Quelles sont vos offres de produits dans le cadre de votre activité ?

A ce jour, c’est une gamme de 7 produits proposés aux clients : auto, transport, BTP, médical, équipement, immobilier & LLD. Nous sommes présents à travers 11 wilayas du pays : Alger, Sétif, Oran, Annaba, Constantine, Tizi-Ouzou, Tlemcen, Béjaïa, Bordj Bou-Arréridj, Batna et Blida.

Quel est plus précisément votre corps de métier ?

Notre activité se résume au leasing ou crédit-bail qui est un financement à moyen terme de biens mobiliers et immobiliers à usage professionnel. Le cadre juridique d’une opération de leasing est régi par l’ordonnance n°96-09 du 10 janvier 1996 relative au crédit-bail. Il s’agit d’un contrat spécial de location dans lequel le client choisit le bien à acheter et le fournisseur y afférent.

MLA achète le bien et le met à sa disposition dans le cadre d’une location irrévocable avec des conditions fixées au préalable. Nous nous engageons à céder le bien au client au terme de cette période de location pour un montant convenu d’avance (valeur résiduelle) avec promesse unilatérale de vente. Cette cession n’a lieu que dans le cas où le client aurait accompli toutes ses obligations découlant du contrat, soit le paiement des échéances de remboursement (loyers).

Dans la conjoncture actuelle, qui dénote les prémices d’une crise économique et financière en Algérie, quelle est la stratégie adoptée par Maghreb Leasing Algérie ?

Dans un sens, Maghreb Leasing Algérie montre la voie d’une dynamique financière en Algérie, et ce, au moment où on annonce ici et là les prémices d’une crise économique et financière. Nous considérons que c’est le moment où tous les intervenants de la sphère économique doivent converger vers un même objectif, en faisant des propositions. C’est le but fixé, d’ailleurs, à travers l’opération d’émission du second emprunt obligataire que nous avons lancé en septembre 2017, qui a reçu son quitus de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (Cosob).

Pouvez-vous nous donner quelques précisions relativement à cet emprunt obligataire ?

Ce deuxième emprunt obligataire est d’un montant de deux milliards de dinars souscrits totalement à hauteur de 124% auprès d’investisseurs institutionnels agréés en Algérie. Autrement dit, et à travers cette seconde opération du genre, MLA se positionne et conforte sa position de leader dans le domaine du leasing en Algérie et ambitionne de perpétuer et pérenniser sa stratégie de refinancement en émettant annuellement un emprunt obligataire se situant à hauteur de 1 à 4 milliards de dinars. Ce qu’il faut aussi retenir est que lors de cette émission, 12% des titres MLA ont été achetés par les clients à travers leurs IOB (intermédiaires en opérations de Bourse). Certes, pour ces derniers, le taux est faible, mais le plus important pour nous est d’instaurer cette culture de placement auprès des particuliers.

La souscription de cet emprunt obligataire se définit par une durée de 5 ans, à raison d’un taux progressif allant de 4% pour la première année, 4,5% pour la deuxième, 5% pour la troisième, 5,75% pour la quatrième et de 6,5% pour la cinquième, soit un taux moyen de 4,69%. En outre, cet emprunt est garanti par un nantissement d’effets qui couvre 120% du montant du principal et des coupons rattachés, et ce, sur toute la durée de vie de l’emprunt. D’ailleurs, nous gardons l’option de pérenniser cette stratégie de financement. Ce second emprunt obligataire a été lancé pour deux raisons majeures, en l’occurrence les besoins de lever des fonds pour accompagner les investissements économiques des clients de MLA, mais aussi la diversification des ressources de l’établissement financier. Avant cela, vous noterez que MLA a toujours été un précurseur sur ce marché. Dans une économie normalisée, une société de leasing doit se financer à travers deux modes : le mode direct dit bancaire et le mode indirect dit marché financier. Pour ce qui est du premier, et vu que MLA ne dispose pas de guichets bancaires, donc, nous n’avons pas le droit de recevoir de liquidités par des déposants, nous avons adopté l’option de prélever des fonds auprès de nos confrères banquiers. Le second mode de financement est le marché financier, et plus particulièrement le marché obligataire.

En fonction de la configuration du marché, la répartition des deux modes de financement variera entre 60% de financement bancaire et 40% de financement obligataire. Bien que MLA soit présente en Algérie depuis plus de 11 années, malheureusement, pendant près de sept ans, son refinancement était exclusivement orienté vers le financement bancaire, partant du fait que le marché obligataire n’avait pas encore d’écho favorable.

Que peut apporter cette option dans le cadre de votre stratégie managériale ?

Forte de plus de 11 ans d’expérience et d’expertise, Maghreb Leasing Algérie aspire à travers cet emprunt obligataire à diversifier ses ressources de financement à long terme, contribuant ainsi à l’émergence et au développement d’un marché financier et boursier en Algérie.

Quels sont les objectifs fixés à travers cette opération ?

Cette opération a pour objectif de développer un marché de la PME, de professions libérales, mais également celui du secteur industriel, notamment dans l’accompagnement financier, et surtout permettre d’autres alternatives au marché financier en Algérie.

Pourriez-vous nous donner un aperçu sur les financements réalisés au profit des PME par MLA ?

En matière de financement des PME, celles-ci sont plus de 4.000 PME financées et autres corps de métiers ; chaque client ayant bénéficié de financement et d’accompagnement, ce qui est très minime par rapport au potentiel du marché. Il est important de préciser que ce financement est l’alternative idoine pour les PME, qui souvent sont sous-capitalisées ou n’ont pas de garanties réelles. Cela représente près de 20.000 matériels financés à travers nos 7 produits proposés.

Plus de 72 milliards de dinars de financements mobilisés depuis la création de MLA ayant participé au développement, à la croissance de la PME/PMI algérienne et à l’accompagnement des grandes entreprises. MLA ne se base pas sur le recueillement des garanties pour financer les entreprises, elle donne plus d’importance à la solidité du dossier, notamment la crédibilité du projet, c’est ce qui nous a permis d’atteindre un taux de recouvrement avoisinant les 97%.

Quel bilan faites-vous de ces onze années d’activité de MLA en Algérie ?

Durant près de onze ans d’activité, le bilan de MLA se résume à plus de 72 milliards de dinars de fonds mobilisés à l’économie, 1,1 milliard de dinars d’accords au financement et près de 9 milliards de dinars de financement en 2016. Nous ambitionnons de terminer l’année 2017 aux alentours de 12 milliards de dinars de financement. Nous travaillons avec des PME/PMI, et donc, ce montant représente une somme importante à mobiliser, car matérialisé par de petits tickets.Qui plus est dans un contexte économique difficile marqué par la contraction de la liquidité, une commande publique ayant connu des ralentissements et surtout un manque de matériels et d’équipements, mais nous avons tout de même réussi à marquer notre présence auprès de nos clients et au service de l’économie nationale. Ces fonds ont servi à l’investissement dans plusieurs secteurs d’activité, notamment dans le domaine de l’automobile, du BTP, de l’équipement, du transport, de l’immobilier, du médical et dans la location longue durée (LLD).

Envisagez-vous l’entrée en Bourse de MLA ?

En effet, l’éventualité d’une entrée en Bourse est envisagée depuis plusieurs années. L’ambition est d’ouvrir notre capital, néanmoins, à l’heure actuelle, nous sommes confrontés à des questions d’ordre technique que nous espérons résoudre prochainement.

Monsieur Abrous Nafa, nous vous remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions et vous laissons le mot de la fin…

Le fait d’être leader ou une référence est facile, mais il est beaucoup plus difficile de le rester. Nos ambitions à long terme ne sont pas démesurées. La première était que MLA soit totalement gérée par des jeunes cadres algériens, et cela a été notre plus grand challenge. Nous veillerons aussi à ce que MLA reste une référence du leasing. Etre leader ou une référence ne signifie pas uniquement la première place au podium, mais de toujours porter le marché vers l’avant et pouvoir faire de l’inclusion et de l’innovation financière en Algérie.

Par ailleurs, nous ambitionnons de développer d’autres formes de financement avec notre partenaire technique, Tunisie Leasing Groupe, car nous sommes issus d’un groupe international qui est multisectoriel, le Groupe Amen, qui est présent dans six pôles différents : la santé, le tourisme, la finance, l’agroalimentaire, l’hôtellerie et le matériel de transport. Nous envisageons à moyen terme de consolider la location longue durée, et pourquoi pas le factoring, une fois bien entendu les conditions réglementaires réunies.

Le plus important est d’avoir une vision, une stratégie, et je pense que l’Algérie a tous les moyens pour dépasser cette étape. Il faut que tout le monde soit positif, sortir des sentiers battus et arrêter toute forme de défaitisme, car l’Algérie ne peut se construire que grâce à ses enfants. Aussi, son élite a un rôle central pendant cette difficile conjoncture.

Partager cet article