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Son Excellence Luis de Almeida Sampaio (ambassadeur du Portugal à Alger) dans un entretien exclusif
Exemplarité des relations économiques algéro-portugaises
Réalisé par Nadim Nour

Luis de Almeida Sampaio a un seul et unique défaut, il est un peu trop diplomate ; mais c'est peut-être une qualité, direz-vous.
En poste dans notre pays depuis 2004, le chef de la mission diplomatique portugaise à Alger manie avec maestria la langue de Molière, contrairement à ce que l'on pourrait penser.
Polyglotte comme la majeure partie de ses compatriotes (nous avons eu à le constater sur place au Portugal), il maîtrise parfaitement les dossiers qui lient son pays à l'Algérie.
Le Portugal invité d'honneur de la Foire internationale d'Alger, c'est lui ; la multiplication des visites des délégations entre les deux pays, c'est lui ; le déménagement titanesque de la Fondation Gulbenkian à Alger, c'estégalement lui.
Dans cet entretien, Luis de Almeida Sampaio revient sur le remarquable coup d'accélérateur donné à la coopération économique entre l'Algérie et le Portugal, dans tous les domaines concrets d'investissements, mais aussi sur les lacunes et le chemin qui reste encore à parcourir pour hisser les relations économiques entre les deux pays au même niveau que les relations politiques.
Des travaux dignes de ceux d'Hercule, mais que Luis de Almeida Sampaio assume pleinement avec l'aide de sa conseillère diplomatique Lidia Nabais et de son conseiller économique et commercial Rui Cordovil.

L’ACTUEL : Excellence, beaucoup pensent que la coopération économique entre l'Algérie et le Portugal n'est pas au même niveau que les relations politiques, pourquoi d'après-vous ?

Luis de Almeida Sampaio : Je crois qu'il y a plusieurs explications à cela. Mais peut-être la plus importante et la plus immédiate serait que le Portugal et ses entreprises étaient tournés vers d'autres contrées, d'autres régions. Maintenant, il est très clair que pour les entreprises économiques portugaises l'Algérie est une des priorités et un pays clé. Et nous avons bien progressé ces dernières années ; on a maintenant comme vous le savez un traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération.

Nous avons aussi tous les instruments nécessaires pour permettre une autre dimension à la présence entrepreneuriale portugaise en Algérie.

L’ACTUEL : Le Portugal est l'invité d'honneur de la prochaine Foire Internationale d'Alger, est-ce un signe que la coopération économique entre les deux pays a atteint un nouveau stade ?

Luis de Almeida Sampaio : Oui évidemment. Le Portugal succède à l'Italie, à la Tunisie, à l'Espagne, et à la France en tant qu'invité d'honneur à la Foire Internationale d'Alger qui est le plus important rendez-vous d'affaires d'entreprises et de business en Algérie, et cela démontre que nos relations ont atteint la maturité indispensable.

L’ACTUEL : Parlez-nous un peu, Excellence, de la participation portugaise à la Foire Internationale d'Alger. Combien d'entreprises seront présentes ? Quels sont leurs domaines d'action ? Et quels sont aussi leurs objectifs d'investissements en Algérie ?

Luis de Almeida Sampaio : Nous allons donc avoir le pavillon d'honneur avec une soixantaine d'entreprises, ce qui représente déjà un chiffre impressionnant si on compare avec les neuf ou dix entreprises portugaises présentes lors des précédentes éditions de la Foire Internationale d'Alger.

Une soixantaine d'entreprises donc qui sont surtout, et cela est peut-être la chose la plus importante, des entreprises extrêmement modernes et performantes. C'est-à-dire que les entreprises qui seront présentes à la Foire Internationale d'Alger sont des entreprises de très haut niveau. Ce sont des entreprises qui ont misé sur la technologie et l’informatique.

Le Portugal en 2007 a exporté plus de software que ce qu’il a importé. Donc cela est un bon indicateur du niveau technologique des entreprises portugaises qui seront présentes à Alger.

Dans quel domaine ? Evidemment dans le domaine des travaux publics, dans celui des matériauxélectriques et dans les domaines des services de l'informatique. Il y aura aussi des secteurs de pointe qui seront représentés à Alger.

L’ACTUEL : Pourquoi les chefs d'entreprises portugais préfèrent-ils surtout se limiter aux investissements dans le domaine des hydrocarbures ?

Luis de Almeida Sampaio : Parce que nous avons des entreprises très performantes dans le domaine des hydrocarbures. Nous avons réussi à accomplir ce que nous avons appelé les ajustements structurels dans le domaine énergétique.

Donc maintenant nous avons des entreprises comme Energias de Portugal et Partex qui sont très liées à la Fondation Gulbenkian, qui sont à la pointe de l'innovation technologique dans le domaine énergétique. Evidemment, l'Algérie est l’un des partenaires les plus proches au monde géographiquement qui nous permettrait de faire encore évoluer la qualité technologique de nos entreprises.

L’ACTUEL : Pensez-vous que le fait que Sonatrach soit actionnaire d'Energias de Portugal soit un signe encourageant pour le reste des domaines de coopération, une sorte d'exemple à suivre ?

Luis de Almeida Sampaio : Je crois que c'est un signe d'une énorme exemplarité. C'est un dossier qui traînait depuis plusieurs années, et heureusement pendant mon mandat nous sommes parvenus à un accord. Cet accord a permis non seulement que Sonatrach puisse acquérir une part importante du capital d'Energias de Portugal, mais aussi que le Président directeur général de Sonatrach soit représenté au sein du Conseil d'administration de EDP (Energias de Portugal). Et c'est la première fois que cela arrive pour Sonatrach avec une entreprise qui est cotée, notamment à la Bourse de New York, au Nasdaq.

Donc cela équivaut aussi à dire que les entreprises portugaises, même dans le domaine de l'énergie qui est un domaine extrêmement compétitif et concurrentiel, traitent nos amis algériens comme il se doit, en les intégrant dans les grandes décisions des sociétés portugaises.

L’ACTUEL : Qu'en est-il de la coopération bancaire entre les deux pays, surtout après l'engagement de la Caisse générale des dépôts (première banque du Portugal) à être présente en Algérie ?

Luis de Almeida Sampaio : C'est aussi un domaine stratégique dans nos relations bilatérales. La Caisse générale des dépôts a maintenant un accord confirmé et solidifié avec la BNA (Banque nationale d'Algérie) pour coopérer à la transformation de la BNA en une banque moderne.

L’ACTUEL : Beaucoup d'Algériens et de Portugais se plaignent de l'absence d'une ligne aérienne directe entre Alger et Lisbonne. Ne pensez-vous pas que c’est là un frein à la coopération entre l'Algérie et le Portugal ? Quand est-ce que cette ligne verra le jour ?

Luis de Almeida Sampaio : C'est un frein au développement de la coopération économique comme vous dites. C'est un de mes combats. Nous n'avons pas encore réussi à établir cette ligne directe.

L’ACTUEL : L'ambassadeur d'Algérie à Lisbonne, M. Sabri Boukadoum, s'y attelle aussi ?

Luis de Almeida Sampaio : Absolument. Il fait un travail remarquable en ce sens, c'est un homme que je respecte et que j'admire beaucoup, il essaie de faire avancer ce dossier.

Nous savons tous les deux que c'est un dossier essentiel et très important. Il n'y a aucune raison pour que cela ne se fasse pas rapidement, cette année peut-être. Je ne veux pas faire de pronostics, mais c'est possible. La compagnie aérienne portugaise est très consciente de l'importance de ce marché qui est l'établissement de la ligne aérienne directe.

Le problème jusqu'à maintenant était le fait que TAP Portugal (compagnie aérienne portugaise) était très active et axée sur d'autres marchés très porteurs. La compagnie portugaise a plus de cinquante vols par semaine vers le Brésil par exemple.

L’ACTUEL : Au plan euro-méditerranéen, que pourra apporter de plus, selon vous, la future Union pour la Méditerranée à la coopération économique entre les deux rives de la Méditerranée ?

Luis de Almeida Sampaio : L'initiative du président français, Nicolas Sarkozy, est très importante parce qu'elle souligne un aspect qui est parfois mal compris. Elle souligne que l'Union européenne (et les pays de la rive Nord de la mer Méditerranée) et les pays européens sont de plus en plus conscients qu'il faut faire quelque chose de plus dynamique pour recentrer et rééquilibrer cette relation.

Je vais essayer d'être très précis en disant que l'élargissement de l'Union européenne après l'effondrement du Mur de Berlin et récemment encore l'élargissement vers l'Europe de l'Est ou vers l'Europe du Nord n'étaient pas seulement souhaitables mais indispensables, pas seulement stratégiques mais inévitables.

Mais cet élargissement, qui était évidemment très important, a dévié un peu l'épicentre politique et économique de l'Union européenne de la Méditerranée du Sud. Et pour nous, le Portugal qui est pays du Sud, un pays à vocation atlantique et méditerranéenne, ce déplacement du centre névralgique de l'Europe économique et politique n'est évidemment pas dans notre intérêt.

Pour nous, et pour bon nombre de pays de la rive Nord comme la France, l'Espagne ou l'Italie, il est très important de revenir à un recentrage politique et économique de l'Europe davantage axé sur la Méditerranée. C'est ce que je dis lorsque je parle de recentrage ou de rééquilibre, et ce rééquilibre serait dans l'intérêt de nos voisins de la rive Sud, cela va sans dire. On leur souhaite un rapprochement avec l'Union européenne, un approfondissement des relations avec l'Union européenne, mais il faut être conscient que cela est aussi dans l'intérêt des pays comme le Portugal, l'Espagne, la France et l'Italie.

Nous applaudissons aux initiatives comme celle du président français, pas seulement parce qu'elles sont bonnes pour la rive Sud, mais aussi et au premier chef parce qu'elles sont très importantes pour nous.

L’ACTUEL : Excellence, vous êtes ambassadeur du Portugal à Alger depuis 2004, vous allez d'ailleurs
bientôt nous quitter pour Belgrade. Si vous deviezévoquer vos succès en matière économique entre les deux pays, lesquels citeriez-vous ?

Luis de Almeida Sampaio : Je dirais tout d'abord la signature de l'accord entre Energias de Portugal et Sonatrach avec l'acquisition de capital et la participation du PDG de Sonatrach au Conseil d'Administration. Je pense que c'est certainement l'acquis le plus important parce que cela a mis finà un dossier qui était ouvert depuis treize ans, et a permis au Portugal d'honorer sa parole. En deuxième lieu, je dirais l'engagement de notre plus importante banque dans le cadre de la réforme financière et économique algérienne. Cela est d'une très grande importance, et je pense que ça va porter ses fruits qui se répercuteront à long terme.

Je citerais évidemment notre compagnie publique Park Expo, qui a aménagé la ville de Lisbonne pour abriter l'Exposition universelle de 1998 et qui a remporté le concours pour le plan d'urbanisation de la ville d'Alger.

Donc, trois axes fondamentaux structurants dans différents domaines mais tous sont très stratégiques, que j'ai eu le bonheur et la fierté de réaliser pendant mon mandat.

Nadim Nour

 
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